Le viol utilisé comme arme dans les conflits

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Par @ Nouvelobs – Publié le 06 octobre 2018 à 09h19
Interview de Céline Bardet, juriste spécialisée dans les questions de crimes de guerre et présidente de We Are Not Weapons of War, une ONG spécialisée dans les violences sexuelles qu’elle a fondée en 2014.

Le Prix Nobel de la Paix a été attribué, le 5 octobre, à Denis Mukwege, gynécologue congolais, et à Nadia Murad, ex-esclave yézidie du groupe État islamique. Peut-être que le mouvement MeToo n’est pas totalement étranger au fait, justement que le Comité Nobel norvégien ait choisi d’honorer cette année un médecin qui répare les femmes et une victime de viols de guerre.

Pour cent femmes, victimes de viols, une ou deux seulement arrivent, après des jours de marche, à atteindre l’hôpital de Panzi à Bukavu, où Denis Mukwege opère.



Hopital de Panzi – Docteur Mukwege

Vous êtes sur le site officiel de l’Hopital de Panzi à Bukavu. L’hopital du Docteur Denis Mukwege.


Vous sous-entendez que le viol utilisé comme arme de guerre n’est pas encore suffisamment pris en compte par les instances internationales ?

Le viol des femmes, mais aussi des hommes, utilisé comme outil dans les conflits ou sur les routes migratoires s’est généralisé.
En RDC, les groupes armés tirent dans le vagin des femmes, en Lybie, le viol des hommes permet de les détruire politiquement, comme le montre un documentaire bientôt diffusé sur Arte, Libye, anatomie d’un crime, auquel mon ONG We Are Not Weapons of War a participé.


Le film Libye, Anatomie d’un crime, réalisé par Cécile Allégra et auquel Céline Bardet a beaucoup contribué, a remporté un prix au Festival International et Forum des Droits Humains (FIFDH) de Genève. En 2017, la réalisatrice Cécile Allégra contacte Céline Bardet pour participer à un projet de film sur la situation des violences sexuelles utilisées dans le conflit libyen.

Grands Reporters

CECILE ALLEGRA est née à Rome en 1976. Depuis treize ans, elle réalise des documentaires et des grands reportages principalement pour France Télévision, Arte et Canal+. Avec deux centres d’intérêt spécifiques : la condition des hommes et des femmes sur les théâtres bouleversés par la guerre.

Quels sont les moyens de lutte les plus efficaces à votre avis ?

Il faut condamner davantage. En RDC, il n’y a eu que deux condamnations pour viols dans des tribunaux militaires. L’opposant congolais Jean-Pierre Bamba, a été condamné, puis acquitté en appel au mois de juin pour les charges de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, dont des viols, qui pesaient sur lui. Cette question de l’impunité est d’autant plus primordiale qu’en République démocratique du Congo ou en Libye, par exemple, le viol s’est installé dans la culture sociétale, il est devenu une forme de normalité.

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