Boko Haram est toujours là depuis 10 ans

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@ RFI Par Bineta Diagne Publié le 26-07-2019 Modifié le 27-07-2019 à 05:38

Depuis 2009, le groupe terroriste a fait plus de 27 000 victimes et a poussé 2,5 millions de personnes à quitter leurs foyers, déstabilisant totalement le nord-est du Nigeria et des îles du Lac Tchad.

Début des années 2000. C’est dans la ville de Maiduguri, capitale de l’État de Borno, qu’un petit groupe d’étudiants prône une application rigoriste de la charia, en vigueur dans les États du nord du Nigeria. Parmi eux, Mohamed Yusuf, un prédicateur charismatique, qui s’appuie sur une idéologie salafiste et revendique une approche orthodoxe de l’islam.
Il remet notamment en question, le système éducatif, tel qu’enseigné dans les écoles publiques. D’où le nom de Boko Haram : « l’éducation occidentale est un pêché ». « Mohamed Yusuf a un discours religieux pour dénoncer les carences et les griefs du gouvernement nigérian », explique Yan St-Pierre, qui dirige le Mosecon. Bon orateur, Mohamed Yusuf véhicule ses idées auprès des classes populaires, à travers des réunions, mais aussi « des CD, des cassettes et des émissions de télévision », précise le chercheur à Sciences Po, Corentin Cohen.

Boko Haram instaure la terreur

Le groupe n’hésite pas à piller et à confisquer des biens auprès des populations. En témoigne l’attaque à la bombe, survenue le 26 août 2011, contre le siège des Nations unies, situé dans un quartier diplomatique d’Abuja. L’explosion, provoquée par une voiture piégée en plein cœur de la capitale fédérale, fait 13 morts. Elles mettent du temps à prendre conscience de la gravité de la situation.

« Probablement, au début , nous – je veux dire mon équipe et moi-même -, avons sous-estimé les capacités de nuisance de Boko Haram », reconnait le président Goodluck Jonathan, dans un entretien au quotidien This Day à la veille de sa défaite à la présidentielle de 2015. Craignant l’insécurité, beaucoup ont délaissé leurs champs où ils cultivaient la tomate, le blé ou le riz pour s’installer dans des abris de fortune, établis autour de grandes villes comme Abuja ou Lagos. Mariées de force à des jihadistes, les femmes sont aussi employées pour recruter de potentiels jihadistes. Quand elles ne sont pas utilisées comme kamikaze pour commettre des attentats dans des lieux publics.


Pour marquer les esprits, Boko Haram n’hésite pas à s’en prendre aux jeunes.

Divisé, Boko Haram demeure une menace permanente

En février 2015, Muhammadu Buhari, militaire de carrière, est élu président. Muhammadu Buhari veut réintroduire la transparence et la discipline dans les rangs d’une armée, accusée de commettre des crimes extrajudiciaires dans le nord-est du pays. Le nouveau président, originaire de Katsina , décide de déplacer le centre de commandement des opérations militaires d’Abuja à Maiduguri, épicentre de l’insurrection de Boko Haram. Sur le terrain, les forces de sécurité s’appuient davantage sur les groupes civils d’autodéfense, à l’origine composés de chasseurs qui se sont mobilisés pour bouter les jihadistes hors de leurs terres.

Acculés, les jihadistes décident en 2015 de prêter allégeance au groupe État islamique. L’EI désigne Abu Musab Al Barnawi à la tête du mouvement, au détriment de Shekau, régulièrement annoncé pour mort ou grièvement blessé.

De l’autre, la faction de la province islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap), ancrée sur les îles et le pourtour du Lac Tchad. Influencée par Mamman Nur, cette tendance se montre plus ouverte vis-à-vis des populations locales. « Cette faction agit en quasi État, observe Vincent Foucher, chercheur au CNRS : ils ont un accès à la santé, ils régulent les marchés et organisent les filières commerciales. Ils ont compris qu’il fallait adopter une attitude moins sectaire », poursuit cet analyste. « Cela fait partie de la nouvelle offensive qu’ils emploient depuis 2016-2017 pour relancer l’offensive », conclut ce chercheur.

Malgré le volontarisme du président Muhammadu Buhari, qui ne cesse de répéter que « Boko Haram est techniquement vaincu », sur le terrain, les forces armées nigérianes semblent parfois peu réactives. L’armée nigériane peine à en venir à bout. Quant à la Force multinationale mixte , elle tarde encore à être pleinement opérationnelle, faute de financements.



Les femmes et les enfants, premières victimes des atrocités de Boko Haram – RFI

En Juin 2014, la première attaque suicide attribuée à une femme est recensée au nord-est du Nigeria. Par la suite, de nombreuses fillettes vont être régulièrement utilisées comme bombes humaines par Boko Haram. Particulièrement vulnérables, femmes et enfants sont violés, enlevés, mariés de force.

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