Mais où va-t-on au Sahel ?

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Bruno Clément-Bollée


Au Sahel, égrener les dramatiques événements qui s’enchaînent – à l’exemple de la toute dernière attaque du poste d’Indelimane au Mali, au bilan humain effroyable –, et parallèlement constater le degré d’impuissance d’une communauté internationale pourtant massivement présente, est devenu, hélas, d’une désespérante banalité tant ces malheurs sont aujourd’hui la triste réalité du quotidien sahélien. La décrédibilisation de la classe politique, jugée globalement irresponsable et corrompue, atteint des sommets. La superbe de 2013 a laissé place à une morosité surprenante. Aujourd’hui, chaque événement dramatique est l’occasion de conspuer « Barkhane », qu’elle soit liée ou non à l’affaire en cours.

A ce train, notre contingent ne sera-t-il pas obligé de quitter le théâtre un jour prochain sous une pression populaire et non sécuritaire, simplement parce que l’idée même de sa présence au Sahel sera devenue insupportable ? Peu d’armées au monde peuvent en faire autant. Peut-être, ici ou là, des contacts locaux, justifiables au plan tactique, ont pu parfois troubler l’image de « Barkhane », mais voyons là surtout l’œuvre d’une instrumentalisation médiatique mal intentionnée. On semble ne plus savoir quoi faire pour sortir du bourbier sahélien.

Sans mésestimer l’extrême complexité du théâtre sahélien et le temps qu’il faudra pour que la zone redevienne fréquentable, il faut enfin admettre que les seuls acteurs qui détiennent la solution au Sahel ne peuvent être que les pays qui le composent. Dans ces conditions, l’intérêt partagé ne peut être que celui de leur réussite face à cet immense défi. Accepter ces quatre exigences, c’est comprendre l’esprit dans lequel pourrait être déclinée cette nouvelle stratégie pour le Sahel. Politique, sécurité, développement, ces trois dimensions doivent servir de socle pour décliner une nouvelle stratégie d’action au Sahel.

Au plan politique, la corruption massive et l’incapacité des gouvernants peuvent être dénoncées énergiquement pour provoquer à l’échelon national un sursaut de révolte. Au Mali, la cellule anticorruption fait merveille et, déjà, quelques très hauts fonctionnaires, dénoncés publiquement, croupissent en prison. Au Tchad, le mouvement des Transformateurs montre qu’un système politique repensé est possible. L’impact de ces exemples montre qu’ils peuvent provoquer un changement de fond dans la classe politique.

Une vigilance particulière et un soutien appuyé doivent donc leur être accordés, visant la corruption, la mal gouvernance, la gabegie et autres abus inadmissibles. Au plan sécuritaire, ne doutons pas un instant que les soldats maliens, burkinabés, nigériens, mauritaniens, tchadiens ne soient capables de monter à l’assaut, au risque de tomber les armes à la main, aussi dignement que les soldats français. C’est d’autant plus louable compte tenu des conditions dégradées dans lesquelles ils œuvrent. Aussi, aidons vraiment ceux dont nous devons admettre que ce sont eux qui, au final, doivent gagner le combat.

Les faire bénéficier de tous les renseignements que nous possédons sur la zone est indispensable. L’administration territoriale doit suivre le mouvement, reprendre sa place et son rôle. Et toutes les forces de la communauté internationale coordonnées, dans une posture d’accompagnement et non plus d’imposition, doivent se mettre à disposition des armées locales pour aider cette reconquête sahélienne. Au plan économique aussi, il faut être imaginatif.

La relance de l’activité par des acteurs privés d’envergure proposant aux gouvernants des initiatives concrètes peut créer une dynamique positive de nature à montrer la voie. C’est le sens de l’initiative du patronat malien avec les corridors de développement économique reliant les capitales du Sahel, projet immédiatement suivi par ses homologues des autres pays sahéliens. L’idée est donc d’utiliser à fond le levier économique pour faire bouger les lignes. Ce mouvement doit être accompagné d’avancées sociales indispensables.

Sans faire d’angélisme, une stratégie nouvelle commande que ce soit les pays sahéliens qui décident des projets, de leur nature, des bénéficiaires, et qu’ils soient aidés résolument, sans ambiguïté et sans arrière-pensée, ce qui n’exclut pas une forme de conditionnalité de l’aide accordée. Au total, nous n’avons plus le choix aujourd’hui pour sortir du piège sahélien. Repensons notre présence, l’image qu’elle projette, comprenons la perception que peut en avoir l’homme du Sahel et tirons-en les conclusions. Sans déserter, acceptons de laisser la première place aux acteurs locaux et soutenons-les dans une posture d’accompagnement.

Volonté et compétence existent chez nos partenaires, prêts à jouer leur rôle pour peu qu’ils trouvent pour s’exprimer un cadre d’action totalement redéfini et des alliés décidés. Ainsi, agissant tout aussi activement mais en deuxième rideau, nous éviterons d’avoir à quitter le théâtre précipitamment et dans la honte, sur pression populaire. Comme conseiller à la présidence de la République ivoirienne , il a ensuite œuvré au programme de désarmement, démobilisation et réinsertion des ex-combattants dans ce pays.


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