La société du "care" selon Cynthia Fleury

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Une société où chacun prendrait davantage soin de l’autre, c’est la société du « care » que défend la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury – En ces temps de pandémie de Covid-19, il est impératif d’envisager une mondialisation-providence, sur le modèle de l’État-providence, pour empêcher de futures crises sociétales mondialisées similaires à celle que nous traversons..

Dans l’ouvrage « Le Soin est un humanisme », Cynthia Fleury explique pourquoi le Care est devenu central dans nos sociétés. Brut l’a rencontrée.

En ces temps de pandémie de Covid-19, il est impératif d’envisager une mondialisation-providence, sur le modèle de l’État-providence, pour empêcher de futures crises sociétales mondialisées similaires à celle que nous traversons.

Le Care de l’aigu et le Care de proximité

Une société dans laquelle le Care a plus de place, c’est déjà une valorisation des métiers du Care. C’est de comprendre qu’il y a le Care en tant que santé – aussi appelé Care de l’aigu, soit les médecins, les services d’urgence, les services de réanimation – mais aussi quelque chose de beaucoup plus vaste. Déjà une société.

« Des politiques néolibérales qui considèrent que le Care est une activité spontanée »

Tout d’un coup, on considère que la coopération est plus importante. Ça peut être de l’économie solidaire et sociale, de l’économie symbiotique, parce que le Care, c’est la notion et la compréhension de l’interdépendance entre les humains, mais aussi de l’interdépendance entre hommes et le vivant. Elles ne sont pas du tout dans la logique de cette éthique du Care. Ça fait une trentaine d’années que nous avons des politiques néolibérales qui considèrent que le Care est une activité spontanée, peut-être même automatique.

« La société du patriarcat a considéré que le Care était dévolu aux femmes »

Ce que les penseurs du Care ont montré, c’est que notre société ne peut pas marcher sans le Care, et, qu’en même temps, notre société produit l’invisibilisation de ce Care. Toute la société du patriarcat, pendant longtemps, a considéré que le Care existait, mais que c’était du domaine de la dimension non monétaire, non publique, dévolue aux pénates, aux femmes, éventuellement à la religion ou à la philanthropie des uns et des autres.

Le Care de l’aigu valorisé, le Care de proximité dévalorisé

Nous sommes des enfants du Care, mais régulièrement, nous avons ce phénomène d’invisibilisation du Care. De plus, à l’intérieur du Care, il existe une stigmatisation et une dévalorisation. Le Care de l’aigu est plutôt valorisé, plutôt le masculin. Tandis que le Care de proximité est extrêmement dévalorisé parce que jugé « ordinaire » – alors qu’il est central.

Le terme de Care est arrivé dans les années 50, notamment avec un psychiatre, pédiatre et psychanalyste qui s’appelait Wininicott1.

Une dimension éminemment genrée des prises de décision

Souvent, les femmes ne se mettent pas en premières pour prendre une décision. Elles vont au contraire interroger la stabilité d’un système, l’équilibre d’un système, éventuellement le point de vue de l’autre, éventuellement les conséquences de leur prise de décision avant de prendre une décision. « C’est ce qui nous permet d’habiter le monde, de réparer le monde. » Tout le monde n’est pas habitable de manière spontanée.

Il est construit par notre attention et c’est cette attention qui nous permet d’être au monde.

« Le monde de demain doit refaire une place importante à l’interventionnisme régulé de l’État »

Le monde de demain doit refaire une place importante à l’interventionnisme régulé de l’État, une place importante à l’État social, aux services publics, une relocalisation de certains types de production.

« Des normes sociales et environnementales plus hautes pour envisager une mondialisation-providence »

Nous ne pouvons pas ne pas nous poser la question de cette mondialisation régulée sans des normes sociales et environnementales plus hautes et envisager une mondialisation-providence.

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Donald Woods Winnicott | Soin et prendre soin

Auteur

Cynthia Fleury

Cynthia Fleury (civilement Fleury-Perkins), née en 1974 à Paris, est une philosophe et une psychanalyste française. Elle est professeur titulaire de la chaire Humanités et Santé au Conservatoire national des arts et métiers et professeur associé à l” École nationale supérieure des mines de Paris (Mines-ParisTech), et dirige également la chaire de philosophie à l” hôpital Sainte-Anne du GHU Paris psychiatrie et neurosciences.

Références et sources

FLEURY Cynthia, « Le soin est un humanisme », Revue Projet, 2019/6 (N° 373), p. 96-96. DOI : 10.3917/pro.373.0100. URL : Le soin est un humanisme

Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste, se propose de parler du « soin ».

Quel horizon ouvre-t-il, aujourd’hui, à l’heure où l’on n’a plus de temps que quantifié et monétisé ?

La démonstration, faite à l’origine pour les membres de la chaire de philosophie à l’Hôpital de Paris, s’ancre dans une compréhension de l’Homme comme être de relation : « Il est responsable de tous les hommes. » Dans son travail, il n’est pas seulement gestionnaire : il développe « un mode d’attention aux choses » et aux autres, et c’est ainsi qu’il érige son humanité.

Voilà pourquoi il est si important de rendre chaque individu « capacitaire », c’est-à-dire capable de relation et de souveraineté sur soi. Voilà pourquoi aussi il est si urgent de comprendre que notre vulnérabilité intrinsèque n’est pas un handicap, mais la source d’où peut jaillir l’attention à l’autre. En ce sens, le « soin » fait notre humanité, nous confirme dans notre « irremplaçabilité » et nous permet de construire un monde commun.

Ce « soin », c’est l’attention de chacun aux autres, mais c’est en particulier le soin des malades, et Cynthia Fleury plaide ardemment pour que ce soin soit possible, réfléchi, renforcé, entre autres par l’alliance entre les métiers de la santé et les humanités. Le soin suppose la reconnaissance de la vulnérabilité, sans victimisation. Il appelle la construction d’un monde d’individus présents au monde et non seulement « soignés » au sens d’une réduction à « leur vérité animale et multiple ». En somme, Cynthia Fleury ouvre avec confiance l’horizon d’une belle humanité et d’un monde en partage. Dans cet essai, elle confirme son intelligence et y dévoile une sensibilité de soignante et le langage presque poétique de ceux qui côtoient la douleur.

Gallimard ISBN : 9782072859878 – Gencode : 9782072859878 – Code distributeur : G03359 « . La nouvelle collection « Tracts » de Gallimard (ce petit ouvrage est le numéro 6) accueille des essais susceptibles de nourrir nos débats de société et d’enrichir, en 48 pages (45 minutes en lisant lentement), notre compréhension de notre monde si complexe.

Ethique du care : la refonte du concept d’autonomie – Chaire de Philosophie à l’Hôpital

La notion de care est apparue chez Carol Gilligan pour décrire les critères des choix moraux des femmes, censés être différents de ceux des hommes, dans la mesure où ils relèveraient d’un altruisme plus renforcé, les femmes préférant agir selon des motivations privilégiant la qualité des interactions sociales et non strictement selon une approche formelle des droits et/ou des intérêts.

Care1

Le terme care, mot d’origine anglaise, regroupe des valeurs éthiques au sujet de la relation avec l’autre. Basé sur des notions telles que l’empathie, la prévenance, la sollicitude ou les qualités de cœur, le care offre une appréhension morale de l’individu. Le care replace également cette capacité (souvent décrite comme liée au côté maternant des individus ou de la société) à faire attention à l’autre, à en prendre soin ou simplement à en tenir compte, dans son contexte social, en déterminant son impact sur la société.


Source: Care – Définition | sante-medecine.journaldesfemmes

Aller plus loin…

1 Le care, le caring, le cure et le soignant

En raison de la polysémie du concept de care et de ses significations culturelles variées, le but de cet article est d’aborder ce concept en débutant par une clarification de ses origines étymologiques. Outre cette clarification, les objectifs de cet article consistent à faire ressortir les rapports du care avec ceux du cure, les implications du « care » dans le management des équipes de soins. L’analyse étymologique est réalisée à partir d’écrits encyclopédiques, permettant de discuter le sens originel du concept. Les résultats de cette analyse montrent que le sens d’origine du care s’ancre sur les affects et le ressenti, qui amènent au caring. Par conséquent, une dimension personnelle lui est inhérente. Cette réflexion tente de montrer que le care ne s’oppose pas au cure, mais qu’il est impératif de sensibiliser les infirmier(e)s à la dimension personnelle du care pour devenir le caring avec l’appui du management. La conclusion dévoile qu’une dimension personnelle du caring, soutenue par des valeurs humanistes, participe de la dimension professionnelle du rôle infirmier. Ainsi, ces deux dimensions, qui doivent croître ensemble, sont incontournables pour l’exercice infirmier.

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