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Grâce à l’imagerie cérébrale, une équipe de l’Université de Genève et des HUG montrent que les personnes âgées au caractère bien trempé sont mieux protégées que les autres contre la maladie d’Alzheimer.

La maladie d’Alzheimer, principale cause de démence chez les personnes âgées, est une maladie neurodégénérative due à la destruction irréversible des réseaux neuronaux dans certaines structures cérébrales affectant notamment la mémoire.

Des scientifiques de l’Université de Genève et des HUG ont démontré, au travers d’examens par imagerie cérébrale couplés à des entretiens d’évaluation psycho-cognitive menés pendant plusieurs années sur une cohorte de personnes âgées, que certains traits de personnalité protégeaient les structures cérébrales contre la neuro-dégénérescence.

Ces résultats, à découvrir dans la revue Neurobiology of Aging, mettent en lumière l’importance de prendre en compte la personnalité dans les troubles neuropsychiatriques et ouvrent la voie à des stratégies de prévention.

Pendant plusieurs décennies, les spécialistes de la maladie d’Alzheimer ont tenté sans succès de mettre au point des vaccins thérapeutiques pouvant réparer les lésions cérébrales dues à l’accumulation de l’amyloïde – une petite protéine.

Un suivi de plusieurs années

A cette fin, l’équipe de spécialistes a recruté une importante cohorte de personnes de plus de 65 ans dans une étude longitudinale. L’atrophie de certaines régions du cerveau est en effet l’une des caractéristiques majeures qui précédent la perte de la mémoire et la maladie d’Alzheimer.
  • Au final, 65 personnes – hommes et femmes – ont été examinés plusieurs fois pendant cinq ans.

L’ouverture d’esprit est aussi importante

En effet, le phénomène perdure-t-il sur des décennies ? Et comment utiliser ces résultats dans une optique de prévention ?

S’il paraît difficile de modifier profondément sa personnalité, surtout à un âge avancé, sa prise en compte dans une optique de médecine personnalisée est essentielle afin de pondérer tous les facteurs de protection et de risque face à la maladie d’Alzheimer.


Panteleimon Giannakopoulos- Professeur ordinaire – Département de psychiatrie , Faculté de médecine UNIGE – Médecin-chef du service des mesures institutionnelles HUG- Panteleimon. Giannakopoulos at unige.


Texte réduit à 45% ( 506 mots / 1155 ) Publié par Isabelle le 15/03/2020 à 14:00
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Pourquoi manger un burger nous procure-t-il autant de plaisir ? Bogdan Sonjachnyj / Shutterstock

Serge Luquet, Université de Paris; Chloé Berland, Columbia University et Giuseppe Gangarossa, Université de Paris

L’alimentation est essentielle à la survie mais est aussi source de plaisir. La libération de dopamine au niveau du circuit neuronal dit « de la récompense » est un mécanisme clé dans le plaisir associé à la nourriture. Ce circuit est aussi celui utilisé par les drogues dites d’abus (comme la cocaïne ou la morphine) pour exercer leur propriété addictive.

On trouve à la surface des neurones qui libèrent ou répondent à la dopamine des enzymes capables d’utiliser une forme de lipides (issues des aliments gras) apportés directement par l’alimentation : les triglycérides. Cette observation est étonnante en cela que le cerveau est considéré comme un organe qui ne consomme que du sucre pour ses besoins énergétiques. Ainsi on peut envisager que les triglycérides pourraient agir sur ces neurones non pas en qualité de substrat énergétique mais plutôt comme un « signal » ou une information et en cela directement moduler l’activité des neurones à dopamine pour moduler la motivation et le plaisir associées à la nourriture par exemple.

Quand le gras atteint directement les neurones

Dans notre étude nous avons tout d’abord pu mettre en évidence que les triglycérides, c’est-à-dire les lipides qui se retrouvent dans le sang après la digestion des graisses par notre intestin, sont capables d’atteindre les régions du cerveau où se trouvent les neurones qui, au sein du « circuit de la récompense », répondent à la dopamine. Dans ces mêmes neurones, nous montrons que les outils moléculaires nécessaires à la détection et l’utilisation de ces lipides sont présents. En particulier, on trouve sur les neurones qui libèrent de la dopamine ou ceux qui, en aval reçoivent et répondent à la dopamine, une enzyme spécialisée dans le découpage de ces triglycérides en lipides plus simple et plus facile à utiliser par la cellule : la lipoprotéine lipase. Ces résultats laissent penser que les neurones du circuit de la récompense seraient donc en capacité de répondre aux triglycérides, comme ils le font pour un neurotransmetteur comme la dopamine.

Afin de tester cette hypothèse, nous avons tout simplement provoqué une petite élévation des concentrations de triglycérides dans le sang, comme le ferait un repas, mais en dirigeant ces lipides vers le cerveau uniquement. Ainsi nous avons pu observer quelles conséquences cette élévation de lipides vers le cerveau peut avoir sur l’activité des neurones à la dopamine d’une part mais aussi sur des comportements qui, chez l’homme comme chez l’animal, témoignent de l’activité des neurones du système de récompense et de leur capacité à encoder de manière chimique et électrique les facettes de plaisir et de désir associées à la nourriture ou à d’autres substances telles que les psychotropes.

En premier lieu nous avons pu enregistrer directement l’activité électrique de ces neurones. Ce type d’expérience d’enregistrement « éléctrophysiologique » est très classique dans le domaine des neurosciences, et consiste à implanter une électrode dans un neurone pour y mesurer l’activité électrique. Les neurones épineux moyens qui se trouvent dans la région du cerveau appelée le striatum, représentent l’une des populations majeures de neurones qui, grâce à un « récepteur » à la dopamine qu’ils possèdent, sont capables de traduire un changement de libération de dopamine en un comportement complexe chez l’animal. Que ce soit « ex vivo », sur une tranche de cerveau contenant ces neurones maintenus actifs, ou bien « in vivo » en utilisant une méthode d’imagerie permettant de visualiser l’activité de ces neurones chez un animal en liberté, nous avons observé que l’ajout de lipides diminuait l’activité de ces neurones « répondeurs » à la dopamine.

Striatum.gif
Vue en 3D du striatum (en rouge).

Ce premier résultat nous a confortés dans notre idée et nous avons donc émis l’hypothèse que les triglycérides pourraient, à l’instar de la dopamine, participer directement à l’élaboration de la réponse de plaisir et désir associé à un stimulus. Cette notion se définit sous le terme de « renforçateur ». Un renforçateur positif (comme le premier carré de chocolat chez l’enfant) est un stimulus qui, grâce à la libération de dopamine qu’il provoque, va être perçu durablement comme plaisant, agréable et à reproduire au plus vite.

Afin de tester si les triglycérides pouvaient agir sur le cerveau comme des renforçateurs positifs, nous avons utilisé un test de comportement de préférence de place. Sous ce nom compliqué, le test est assez simple. Une souris est placée dans une boîte contenant deux compartiments très distincts que l’animal est libre d’explorer. Les deux compartiments ont une apparence différente l’un de l’autre (bleu et vert par exemple) ce qui permet à la souris de les différencier parfaitement. Pendant quelques séances la souris va recevoir un peu de lipide vers le cerveau dans un compartiment (le bleu) et une solution saline dans l’autre compartiment (le vert).

Le jour du test, la souris est lâchée au milieu des compartiments avec la possibilité d’aller là ou elle préfère. Si l’animal se précipite vers le compartiment bleu qui était associé à un peu de lipides vers le cerveau, cela témoignera que cette expérience a été perçue comme plaisante et que l’animal voudrait la reproduire. C’est exactement ce que nous avons observé et nous en avons conclu que les triglycérides, lorsqu’ils atteignent le cerveau, peuvent donc agir comme un renforçateur positif : un signal chimique plaisant et à reproduire si possible. Au niveau d’un mécanisme possible d’action de ces lipides sur ces neurones, nous avons pu démontrer que l’enzyme lipoprotéine lipase, présente à la surface des neurones qui répondent à la dopamine était très importante. En effet, lorsqu’on utilise un artifice génétique pour « enlever » cette enzyme uniquement sur ces neurones, on observe bien que la souris a maintenant un comportement qui témoigne d’une part d’un dérèglement de l’activité de ces neurones « répondeur à la dopamine » et d’autre part d’une modification du désir à obtenir de la nourriture.

Des résultats similaires chez l’animal et chez l’homme

Ces résultats ont été obtenus sur le rongeur qui est un modèle permettant d’étudier certains mécanismes cellulaires et moléculaires de manière plus précise. Cependant, comme pour le sucre ou les protéines, l’augmentation de lipides dans le sang après un repas est un phénomène physiologique très conservé que l’on retrouve chez l’homme comme chez la souris. Ainsi, nous avons voulu voir si le phénomène que nous avions observé dans nos souris pouvait avoir un équivalent chez l’homme.

Dans cette expérience nous avons utilisé l’imagerie cérébrale fonctionnelle (en collaboration avec nos collègues américains de Yale University), une technologie qui permet de visualiser chez l’homme les changements d’activité dans des zones définies du cerveau. Ce que nous avons testé c’est la manière dont le cerveau répond à une odeur de nourriture (en l’occurrence fraise ou cookie au chocolat) et ce, que l’on soit à jeun ou bien juste après un repas. Comme on peut s’y attendre, sentir une odeur de fraise ou de cookie au chocolat lorsqu’on a faim provoque une activation des zones de la récompense et cette réponse est atténuée lorsqu’on l’on vient de manger. En regardant les paramètres sanguins qui sont directement modifiés par un repas (sucres, insuline ou trigylcérides) nous avons observé que l’activité du cortex préfrontal (une des régions du circuit de la récompense qui fait le lien entre l’odeur de la nourriture), son goût et le plaisir qu’elle provoque étaient directement et spécifiquement corrélés à l’augmentation des triglycérides circulant dans le sang après un repas. Ce résultat est important puisqu’il nous permet d’envisager que chez l’homme, comme chez le rogneur, les triglycérides circulants pourraient agir « directement » sur les zones du cerveau impliquées dans la « récompense » associée à la nourriture.

Dans son ensemble ce travail permet donc de mettre en lumière, pour la première fois, que les lipides que l’on retrouve dans la circulation après la digestion d’un repas, peuvent agir directement sur les neurones du « système de la récompense à la dopamine » et, par-là, moduler les composantes de désir et plaisir associées à la nourriture. Nos prochaines études essaieront de comprendre si ce mécanisme de détection des lipides par les neurones du système de récompense, peut s’avérer déficient dans certains cas et conduire à des troubles de l’appétit ou une perte de satisfaction associée à la nourriture. En effet, les concentrations en triglycérides circulants varient en fonction des repas. Mais quand ces repas sont trop riches et trop fréquents ou dans des conditions de surpoids important (obésités), les niveaux de triglycérides circulants restent élevés ce qui pourrait, à terme, dérégler leur manière de communiquer avec les neurones du système de la récompense.

C’est dans cette optique que notre étude offre un éclairage nouveau permettant potentiellement d’expliquer pourquoi l’accès et la consommation de nourritures riches peuvent contribuer, en déréglant le système de récompense, à l’établissement de comportements alimentaires compulsifs et favoriser le développement de l’obésité.

Serge Luquet, Directeur de recherche CNRS, Université de Paris; Chloé Berland, Chercheur postdoctoral, Columbia University et Giuseppe Gangarossa, Maître de Conférences en Physiologie et Neurosciences, Université de Paris

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Le yoga, un sport qui requière une attention toute particulière. Dave Contreras / Unsplash

Paolo Bartolomeo, Inserm

Nous publions un extrait de l’ouvrage de Paolo Bartolomeo « Penser droit » qui vient de paraître aux éditions Flammarion. Neurologue et directeur de recherche à l’Inserm, Paolo Bartolomeo est spécialiste des troubles de l’attention.


Que nous soyons en train d’admirer un tableau au musée, de chercher un ami dans une foule, de lire les longues phrases des romans de Henry James ou de traverser la rue en prenant garde à ne pas être renversés par une voiture, nous avons besoin de mobiliser un ensemble de processus regroupés sous le nom d’« attention ».

S’il est vrai que « chacun sait ce qu’est l’attention », comme l’écrivait William James, père fondateur de la psychologie expérimentale américaine et frère aîné de Henry, ce n’est que depuis peu que nous avons commencé à en percer les mécanismes intimes dans le cerveau. Or notre hémisphère droit y joue un rôle central.

Pourquoi l’attention ?

Tous les organismes biologiques font face à un même enjeu : ils doivent atteindre leurs objectifs dans un environnement encombré d’une multitude d’objets. Comme si ces derniers se faisaient concurrence pour capturer notre attention et déterminer notre comportement. Certains de ces objets – les mots dans une phrase, la couleur du feu quand je traverse la rue – sont essentiels au moment de l’action, et il faut y prêter attention. À ce même moment, d’autres sont toutefois à ignorer – les mots de la phrase d’à côté, ce panneau publicitaire qui clignote alors que je pose le pied sur le passage piéton.

Enfin, d’autres événements surgissent de façon inopinée, mais il est impératif et souvent urgent de les considérer – mon téléphone qui sonne pendant que je lis, cette voiture qui a manifestement brûlé le feu. Bref, un comportement cohérent demande de sélectionner les stimuli appropriés dans l’environnement mais également, nos capacités de traitement n’étant pas infinies, de pouvoir ignorer d’autres objets moins importants.

Il faut s’y résoudre : notre regard ne peut se diriger que sur un seul endroit à la fois. Pis, nos surfaces sensorielles ne sont pas homogènes : par exemple, dans la rétine de l’œil, une toute petite partie centrale, qu’on appelle la fovéa, est bien plus sensible que la périphérie de la rétine. Seule la fovéa rend possible notre vision « en haute définition ».

Lorsque nous voyons quelque chose à la périphérie de notre champ visuel, nous devons bouger notre tête et nos yeux pour centrer l’image sur cette région précise et ainsi pouvoir l’identifier. Une fonction importante de l’attention est justement celle de rendre possibles ces mouvements d’orientation vers les objets à la périphérie du champ visuel. Tout cela est bien connu des voleurs, qui prennent beaucoup de précautions pour distraire l’attention et le regard de leurs victimes.

Prêter attention sans bouger les yeux

Maintenant, essayez de fixer un mot de ce texte, tout en prêtant attention à ce qui se passe à droite. Effectivement, nous pouvons orienter notre attention même sans bouger les yeux : c’est l’attention implicite. Le célèbre « tricheur à l’as de carreau » de Georges de La Tour évite de regarder les objets de son attention, c’est-à-dire ses cartes… et le jeune joueur berné ! Comme précédemment, il s’agit d’une technique pour éviter que la victime se rende compte de ce qui se passe. Nous savons en effet que, si nous regardons quelque chose, notre entourage aura tendance à automatiquement suivre l’objet considéré : c’est ce qu’on appelle l’attention partagée. L’attention n’est donc pas seulement un rapport entre un observateur et un objet d’observation : elle implique une relation sociale qui inclut les personnes autour de l’observateur.

Regarder sans voir

Le manque d’attention peut aussi nous conduire à « regarder sans voir ». Les psychologues Daniel Simons et Christopher Chabris ont dans cet esprit conduit une expérience devenue célèbre, dans laquelle ils montraient à des sujets une vidéo de deux équipes de basketball se lançant un ballon, en leur demandant de compter le nombre des passes du ballon.

Comptez le nombre de passes que se font les joueurs en blanc (d’après Daniel Simons et Christopher Chabris).

Après un certain temps, une actrice portant un costume de gorille entrait dans la scène, s’arrêtait au centre en se frappant la poitrine et sortait. Étonnamment, plus d’un tiers des spectateurs occupés à compter les passes ne virent pas le « gorille ». En revanche, si on omettait de leur demander de compter les passes, le gorille était bien entendu toujours remarqué !

L’expérience spectaculaire du gorille a été inspirée par le phénomène dit de « cécité inattentionnelle » où l’attention, lorsqu’elle est particulièrement focalisée sur un objet, empêche la perception consciente d’autres objets.

Regarder la croix et rater le carré : un effet de « cécité inattentionnelle ». Les sujets réalisant une tâche perceptive difficile, qui demande toute leur attention, comme évaluer plusieurs fois la longueur relative des deux bras d’une croix dessinée sur une feuille, peuvent ne pas s’apercevoir de la présence d’un carré noir situé près de la croix lors d’un des essais. Paolo Bartolomeo, Author provided

À présent, regardez cette figure et comparez la longueur des deux traits de la croix pour essayer de déterminer si l’un est plus long que l’autre. Il s’agit d’une discrimination difficile exigeant beaucoup d’attention, car les traits ont des longueurs très proches. Lorsqu’on répète cette tâche plusieurs fois, mais en intégrant à certains essais un carré noir bien saillant près de la croix, environ la moitié des participants ne se rendent pas compte de sa présence. En d’autres termes, nous devenons souvent « aveugles » à un stimulus pourtant proéminent quand nous focalisons notre attention sur un autre objet.

Ces expériences et bien d’autres démontrent que, si l’attention est ailleurs, nous pouvons manquer des changements majeurs de notre monde visuel. Notre impression de toujours percevoir une scène visuelle riche et détaillée est illusoire. Le haut pourcentage d’accidents de la route causé par l’inattention est une conséquence dramatique de cet état de fait. Par exemple, la distraction provoquée par les téléphones mobiles est considérée comme l’une des causes principales du récent ralentissement des progrès dans la réduction des accidents de la route en Europe.

Les réseaux de l’attention dans le cerveau

En quoi les neurosciences peuvent-elles éclairer notre compréhension de l’attention ? Les travaux de Posner ont inspiré un vaste programme de recherche en neuroimagerie sur l’attention, mené, entre autres, par le neurologue Maurizio Corbetta à l’université de Washington, à Saint-Louis. Grâce à ces travaux, nous savons maintenant qu’il n’y a pas de région unique dans le cerveau qui gère ces processus attentionnels. Il s’agit en réalité de vastes réseaux allant de la région postérieure (pariétale) à la région antérieure (frontale) du cerveau.

Couverture de « Penser droit » de Paolo Bartolomeo aux éditions Flammarion. Author provided

Bien que distantes à l’échelle du cerveau, ces régions parviennent à communiquer entre elles de manière rapide et efficace, car elles sont reliées par des « autoroutes » du cerveau, des gros faisceaux de substance blanche. Ces réseaux fronto-pariétaux orientent notre attention dans l’espace, vers le feu tricolore avant de traverser la rue par exemple. En général, chaque hémisphère du cerveau mobilise l’attention vers le côté opposé de l’espace grâce à un réseau « dorsal » de l’attention, situé vers le haut du cerveau.

Un événement imprévu et urgent à traiter en priorité, l’arrivée de la voiture dans notre exemple, interrompt l’orientation en cours et capte l’attention. C’est alors qu’un second réseau fronto-pariétal s’occupe d’interrompre l’activité attentionnelle en cours pour la rediriger vers une nouvelle cible. Cet autre réseau est situé plus bas dans le cerveau : c’est le réseau « ventral » de l’attention. Or, chez la plupart d’entre nous, le réseau ventral de l’attention est asymétrique entre les hémisphères cérébraux : il est surtout actif dans l’hémisphère droit, non dominant pour le langage.The Conversation

Paolo Bartolomeo, Neurologue clinicien et de neuroscientifique, Inserm

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative
Commons. Lire l’article original.

Neurologue clinicien et de neuroscientifique, Inserm

Paolo Bartolomeo, titulaire d’un doctorat et d’une thèse, a suivi une formation de neurologue clinicien et de neuroscientifique. C’est le scientifique principal de l’équipe de recherche étudiant les neurosciences cognitives de l’attention à l’ICM, au sein de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris. Il est également professeur de neuropsychologie et de neurosciences cognitives à l’Université catholique de Milan (Italie). En utilisant des méthodes comportementales, de neuroimagerie et de neurostimulation, Paolo Bartolomeo a développé des travaux à fort impact révélant la neuroanatomie structurelle et fonctionnelle des fonctions de l’attention chez les individus sains et chez les individus présentant des lésions au cerveau.

L’équipe de Laurent Cohen, Lionel Naccache et Paolo Bartolomeo se consacre à l’étude des fonctions cognitives développées de façon exclusive ou prédominante chez l’être humain, en particulier le langage et la cognition consciente. L’étude des patients occupe une place centrale dans sa méthode d’approche. Pour l’étude du langage comme de la conscience, et avec les sujets sains comme avec les patients, l’équipe fait appel à des techniques comportementales et d’imagerie cérébrale multimodale de pointe.

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Emission de France Inter "La Tête au carré" du 11 janvier 2016 | https://www.pedagogie.ac-aix-marseille.fr

Bien qu’à la mode, la méditation est tout sauf un gadget récent. Son histoire date d’au moins 2 500 ans, puisqu’elle est notamment associée à l’émergence du bouddhisme.

Les premiers écrits chrétiens à propos d’exercices explicites remontent quant à eux aux Pères du désert, aux IIIe et IVe siècles : « Assieds-toi, tais-toi et apaise tes pensées », conseille Abba Arsène au disciple qui l’interroge sur le chemin à emprunter pour être sauvé.

Tandis qu’Évagre le Pontique explique, dans son Traité des pensées, « comment ne pas se disperser ».

La mode est là, incontestablement : articles dans les médias, déclarations de stars et de personnages publics, multiplication des livres et des applications de méditation en tout genre témoignent bien d’un engouement mimétique.

Mais la mode est là aussi dans les revues scientifiques ! Une étude conduite sur Pub Med montrait que, d’une vingtaine par an dans les années 1980, le nombre de publications scientifiques sur la méditation dépassait les 385 par an en 2015 ; et ce chiffre continue de grimper.

- Si les chercheurs et les soignants s’intéressent à la méditation, et persistent, c’est peut-être qu’il y a là autre chose qu’un engouement superficiel.

Mais pourquoi maintenant ?

De l’avis de nombreux soignants, il est possible que la méditation joue un rôle compensatoire à des déséquilibres de nos styles de vie contemporains.

Un peu comme le sport : plus nos sociétés sont devenues sédentaires, plus il est apparu nécessaire, afin d’éviter les maladies de la sédentarité, mais aussi plus globalement afin de préserver notre santé, de réintroduire une activité physique volontaire et compensatoire (pas forcément du sport, une simple marche quotidienne de 30 à 45 minutes exerce de nombreux effets bénéfiques tant sur notre niveau d’inflammation ou notre immunité, que sur notre bien-être émotionnel)…

André Christophe, «Méditation, médecine et neurosciences», Études, 2018/12 (Décembre), p. 49-60. DOI : 10.3917/etu.4255.0049. URL : https://www.cairn.info/revue-etudes-2018-12-page-49.htm

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Par Nathalie Funes @ Nouvelobs – Publié le 06 octobre 2018 à 09h19
Interview de Céline Bardet, juriste spécialisée dans les questions de crimes de guerre et présidente de We Are Not Weapons of War, une ONG spécialisée dans les violences sexuelles qu’elle a fondée en 2014.>

Céline Bardet


Le Prix Nobel de la Paix a été attribué, le 5 octobre, à Denis Mukwege, gynécologue congolais, et à Nadia Murad, ex-esclave yézidie du groupe État islamique. Peut-être que le mouvement MeToo n’est pas totalement étranger au fait, justement que le Comité Nobel norvégien ait choisi d’honorer cette année un médecin qui répare les femmes et une victime de viols de guerre.

Pour cent femmes, victimes de viols, une ou deux seulement arrivent, après des jours de marche, à atteindre l’hôpital de Panzi à Bukavu, où Denis Mukwege opère.



Hopital de Panzi – Docteur Mukwege

Vous êtes sur le site officiel de l’Hopital de Panzi à Bukavu. L’hopital du Docteur Denis Mukwege.


Vous sous-entendez que le viol utilisé comme arme de guerre n’est pas encore suffisamment pris en compte par les instances internationales ?

Le viol des femmes, mais aussi des hommes, utilisé comme outil dans les conflits ou sur les routes migratoires s’est généralisé.
En RDC, les groupes armés tirent dans le vagin des femmes, en Lybie, le viol des hommes permet de les détruire politiquement, comme le montre un documentaire bientôt diffusé sur Arte, Libye, anatomie d’un crime, auquel mon ONG We Are Not Weapons of War a participé.


Le film Libye, Anatomie d’un crime, réalisé par Cécile Allégra et auquel Céline Bardet a beaucoup contribué, a remporté un prix au Festival International et Forum des Droits Humains (FIFDH) de Genève. En 2017, la réalisatrice Cécile Allégra contacte Céline Bardet pour participer à un projet de film sur la situation des violences sexuelles utilisées dans le conflit libyen.

Grands Reporters

CECILE ALLEGRA est née à Rome en 1976. Depuis treize ans, elle réalise des documentaires et des grands reportages principalement pour France Télévision, Arte et Canal+. Avec deux centres d’intérêt spécifiques : la condition des hommes et des femmes sur les théâtres bouleversés par la guerre.

Quels sont les moyens de lutte les plus efficaces à votre avis ?

Il faut condamner davantage. En RDC, il n’y a eu que deux condamnations pour viols dans des tribunaux militaires. L’opposant congolais Jean-Pierre Bamba, a été condamné, puis acquitté en appel au mois de juin pour les charges de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, dont des viols, qui pesaient sur lui. Cette question de l’impunité est d’autant plus primordiale qu’en République démocratique du Congo ou en Libye, par exemple, le viol s’est installé dans la culture sociétale, il est devenu une forme de normalité.

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