Endiguer la dérive autoritaire en Tunisie

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Tunisie 7 ans après
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Quelle action sera efficace ?

La Tunisie se doit d’endiguer cette dérive, à la fois pour éviter de nouvelles violences jihadistes ou un retour de la polarisation politique, et pour poursuivre sa trajectoire démocratique exemplaire entamée depuis les vagues de protestations de 2011 dans le monde arabe. Comment agir? 
De manière à prévenir d’éventuelles violences, les décideurs politiques tunisiens doivent s’engager à renforcer les institutions, en allant de l’avant et non en tentant de revenir en arrière. Ils doivent rapidement mettre en place la Cour constitutionnelle, les instances constitutionnelles indépendantes et organiser les élections municipales de 2018, déjà reportées à de nombreuses reprises. Les tentatives visant à restaurer un climat de peur parmi la population s’opposeraient à de fortes résistances.

Établir une réelle gouvernance

La gouvernance n’en sera pas plus efficace et les conflits étouffés finiraient par ressurgir de manière plus violente. Depuis les élections législatives et présidentielles de fin 2014, la coalition parlementaire et gouvernementale emmenée par Nida Tounes et An-Nahda a permis de diminuer fortement la polarisation de la scène politique. Mais les défis que ces deux partis pivots doivent relever afin d’en­tre­tenir leur alliance sont nombreux. Anciens ennemis désormais partenaires, ils éprouvent des difficultés à conserver leur identité politique et leur cohésion interne.

La réalité du pouvoir

Depuis les élections législatives et présidentielles de fin 2014, la coalition parlementaire et gouvernementale emmenée par Nida Tounes et An-Nahda a permis de diminuer fortement la polarisation de la scène politique. A l’inverse, lorsque l’alliance est au beau fixe, Nida Tounes et An-Nahda tentent de structurer la vie politique comme un duopole au détriment de l’autonomie du parlement et des instances administratives indépendantes existantes.
Rached Ghannouchi, le président d’An-Nahda, et Béji Caïd Essebsi, le chef de l’Etat, fondateur de Nida Tounes, qui continue à jouer le rôle occasionnel de dirigeant de ce parti, personnalisent les canaux de discussion politique et de gestion de crise.
Quant à Essebsi en particulier, il présidentialise le régime et légitime les voix qui appellent à amender la Constitution de 2014 afin d’élargir ses prérogatives.

La perte de la démocratie en question ?

Pendant ce temps, des éléments clés de la Constitution de 2014 tardent à être mis en œuvre. Il devrait se traduire notamment par l’élection de conseils régionaux, mais suscite les craintes de nombreux responsables politiques et hauts fonctionnaires qui considèrent qu’il affaiblira le pouvoir central. Si le parti islamiste, première formation représentée au parlement, s’opposait à tout amendement constitutionnel qui remettrait en cause le caractère parlementaire du régime, une polarisation plus violente que celle que la Tunisie a connue en 2013 pourrait renaitre.
S’il l’acceptait, une nouvelle concentration du pouvoir aux mains de la présidence de la République pourrait durcir le régime de manière significative et apporter plus de problèmes que de solutions.


Endiguer la dérive autoritaire en Tunisie

La polarisation politique et la nostalgie, illusoire, d’un gouvernement centralisé fort planent au-dessus du septième anniversaire du déclenchement de la révolution tunisienne de 2011. La coalition au pouvoir devra mener les réformes qu’elle avait promises, mettre en place la Cour constitutionnelle et organiser des élections municipales, déjà reportées à de nombreuses reprises, si elle veut que la transition tunisienne reste l’exemple d’une transition réussie dans le monde arabe.