Voici comment vous pouvez agir contre les violences conjugales

Publié le Modifié le

Alison Gregory, University of Bristol

Votre meilleure amie vous dit qu’elle a peur de son partenaire. Vous remarquez des hématomes sur le bras de votre collègue. Le mari de votre sœur la critique sans cesse. Que lui dites-vous ? Devriez-vous faire quelque chose ? Et si vous vous trompiez et aggraviez la situation ?

Vous lisez probablement ceci en espérant ne jamais vous retrouver dans l’un de ces cas. Pourtant, la plupart d’entre nous connaissons déjà quelqu’un qui a été victime de violence domestique. En France, par exemple, trois femmes sur quatre déclarent avoir subi des violences physiques et/ou sexuelles à plusieurs reprises. Cela peut arriver à n’importe qui, à n’importe quel âge et dans n’importe quel milieu.

Les recherches montrent que si une femme est victime d’abus, elle se tournera très probablement vers quelqu’un qu’elle connaît (ses amis, les membres de sa famille, ses voisins et ses collègues). Parfois, les victimes de violence domestique en parlent à leur médecin ou à un autre professionnel, mais généralement, seul l’entourage soupçonne que quelque chose ne va pas.

Il peut être difficile de savoir quoi dire lorsque quelqu’un vous dit qu’il est victime de maltraitance. En effet, il est fréquent que les femmes ne soient pas crues, voire blâmées pour leur situation, et qu’on leur demande « pourquoi ne partez-vous pas tout simplement ? ». Une question qui sous-estime à la fois la complexité des situations de violence domestique et le risque accru de préjudice grave lorsqu’on essaie de partir.

Savoir écouter

Une préoccupation commune est le sentiment de ne pas « en savoir assez » pour bien réagir. Pourtant, le simple fait d’écouter peut aider quelqu’un à rompre le silence autour de sa situation.

Les femmes qui ont été victimes de violence domestique disent que les occasions de parler, ainsi que le soutien émotionnel et pratique sont les plus utiles, en particulier lorsqu’ils sont offerts par une personne de confiance.

Les termes « abus domestique » et « violence domestique » sont des étiquettes avec lesquelles beaucoup de personnes ont du mal à s’identifier car elles ont l’impression que ces termes ne représentent pas leur expérience (en particulier le contrôle, la coercition et les abus psychologiques, émotionnels, sexuels et financiers qu’elles ont subis).

Commencez donc les conversations en douceur, en exprimant votre inquiétude. Posez-lui des questions sur les changement de comportement que vous avez remarqué chez elle ou chez la personne que vous soupçonnez de comportement abusif.

Quelque chose comme :

« Nous ne vous avons pas beaucoup vu récemment. Tout va bien ? »

« J’ai remarqué que vous aviez l’air un peu déprimé. »

« Je m’inquiète pour toi. J’ai vu la façon dont il te regardait, et tu as l’air effrayé·e. »

Les textos, les courriels et les appels téléphoniques excessifs sont autant de signes à surveiller. Shutterstock

La manière dont vous réagissez ensuite à toute divulgation est vraiment importante. Il peut être difficile de ne pas critiquer ou blâmer, ou d’exprimer des opinions tranchées sur la relation ou sur la personne qui se comporte de manière abusive, mais ce type de réaction a tendance à mettre un terme aux conversations.

Essayez plutôt d’écouter en restant compréhensif et en ayant l’esprit ouvert. Il est important de faire comprendre que vous croyez la personne, qu’elle n’est pas responsable de la violence, que vous êtes inquiet et préoccupé pour elle et que vous voulez l’aider.

Planifier une potentielle fuite

La décision de mettre fin à une relation violente peut être extrêmement difficile et peut prendre du temps pour déterminer comment le faire en toute sécurité. Les professionnels qui travaillent avec des personnes vivant des relations violentes peuvent apporter un soutien spécialisé pour créer des plans de sécurité visant à réduire le risque de préjudice lors de la rupture. Il existe également des conseils que vous pouvez partager avec la personne qui subit des sévices :

  • Préparez un sac d’urgence à cacher dans un endroit sûr au cas où elle devrait partir rapidement, comprenant des articles tels que des passeports, des certificats de naissance, les clés de sa maison ou de sa voiture, de l’argent, des médicaments, quelques vêtements et quelques jouets de ses enfants.


  • Élaborez une stratégie de départ, en précisant qui appeler, où aller et comment se rendre sur place. Un plan est important car il est difficile de réfléchir rapidement à ces choses.


  • Convenez d’un code pour qu’elle puissent vous signaler si elle est en danger et ont besoin d’une aide urgente.

Vous pouvez également proposer différents types de soutien pratique, comme contacter des associations et composer les numéros d’urgence pour la personne ou bien lui proposer votre téléphone ou votre ordinateur pour le faire. Proposer d’accompagner la personne à ses rendez-vous aide aussi beaucoup. Vous pouvez également lui proposer de rester chez vous pour une courte période ou de lui fournir une garde d’enfants afin qu’elle ait le temps de réfléchir, de planifier et de recevoir de l’aide.

Ce qu’il ne faut pas faire

Il est important de ne pas blâmer la personne victime d’abus et de ne pas la critiquer directement, mais aussi de ne pas faire pression sur elle. Le plus important est qu’elle puisse prendre ses propres décisions en temps voulu.

Vous devrez peut-être faire preuve de patience, car aider une personne victime de violence est un processus long et difficile. Il est également important de vous assurer de rien faire qui puisse provoquer le ou les responsables des abus tout en veillant aussi à vous protéger durant le processus.

Si vous êtes victime de violence dans une relation ou si vous vous inquiétez pour quelqu’un qui en est victime, contactez la ligne d’assistance Stop Violence au 3919 ou sur leur site dédié.


Créé en 2007 pour accélérer les connaissances scientifiques et leur partage, le Axa Research Fund a apporté son soutien à environ 650 projets dans le monde conduits par des chercheurs de 55 pays. Pour en savoir plus, visiter le site Axa Research Fund ou suivre sur Twitter @AXAResearchFund.The Conversation

Alison Gregory, Research Fellow, University of Bristol

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Proposé par
Catégories ,